Turquie : ce que l’on sait de l’explosion dans une mine qui a fait 41 morts

Une explosion survenue à 300 mètres sous terre a tué 41 ouvriers dans une mine de charbon du nord de la Turquie, vendredi 14 octobre 2022. Des médias locaux évoquent un coup de grisou.

Une explosion, puis le silence. Le drame est survenu vendredi 14 octobre, en fin de journée, dans la province de Bartin, dans le nord de la Turquie. Une explosion survenue à quelque 300 mètres sous terre dans une mine de charbon a tué 41 ouvriers. 28 ont également été blessés tandis que 58 ont pu être secourus. Ce samedi matin, les secours annonçaient la fin imminente des opérations de secours qui se poursuivaient pour tenter de localiser une dernière personne.

110 ouvriers pris au piège

Ils étaient plus de 110 ouvriers à se trouver dans les galeries de cette mine de charbon, situées à 300 et 350 mètres en dessous du niveau de la mer lors du drame. C’est à 18 h 15 heure locale vendredi soir que la déflagration a eu lieu dans cette mine d’Amasra, une ville portuaire des rives de la mer Noire. L’explosion a causé un effondrement partiel des galeries de cette mine exploitée depuis le XIXe siècle, ainsi qu’un important incendie.

70 personnes en sécurité à 250 m de profondeur

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, a affirmé à l’agence de presse Anadolu un des premiers mineurs à avoir pu sortir indemne des galeries par ses propres moyens. Il y a eu une pression soudaine et je n’ai rien pu voir. »

Selon le gouverneur local, une équipe de plus de 70 personnes est parvenue rapidement à atteindre un point du puits situé à quelque 250 mètres de profondeur. Mais le feu semble s’être déclaré plusieurs heures plus tard.

Que s’est-il passé ?

L’explosion serait liée à une accumulation du grisou, selon le syndicat Maden-Is, citée par les médias turcs. Mais les autorités turques estiment qu’il est encore tôt pour déterminer la cause de l’explosion.

L’Afad, l’organisme public turc de gestion des catastrophes, avait initialement annoncé sur Twitter qu’un transformateur défectueux était à l’origine de l’explosion, avant de se rétracter.

« Nos premières observations indiquent qu’une partie de nos amis (mineurs) ont perdu la vie en raison de la haute pression et de la chaleur provoquée par l’explosion », a indiqué le ministre de l’Énergie.

Fin des opérations de secours

Un premier bilan faisait état de 14 morts et 28 blessés, puis de 40 morts et 15 disparus. En fin de matinée, les autorités turques annonçaient 58 mineurs secourus. Une seule personne était encore portée disparu. Arrivé sur place, c’est le président turc Recep Tayyip Erdogan qui a annoncé finalement un 41e décès. Les secours ont mis fin à leurs recherches dans le courant de la journée de samedi après la découverte du corps sans vie du dernier mineur manquant.

Les blessés ont pu être pris en charge et transportés à l’hôpital. « La plupart d’entre eux vont bien mais il y a aussi des blessés graves », a affirmé le maire d’Amasra, Recai Cakir, à la chaîne privée turque NTV. La chaîne a montré un des mineurs secourus, le visage éprouvé, noirci de suie, refusant d’être embarqué dans une ambulance : « Je vais bien, je veux rester ici pour aider mes camarades ».

L’incendie « est toujours en cours », selon Suleyman Soylu, le ministre de l’Intérieur mais a été largement circonscrit.

Une enquête « exhaustive »

Recep Tayyip Erdogan a également dépêché ses ministres de l’Énergie et de l’Intérieur sur place, selon l’agence étatique Anadolu. Le chef de l’État, a annoncé sur Twitter une enquête exhaustive : « Nos instances judiciaires enquêteront dans toutes ses dimensions sur cet accident terrible qui nous a dévastés. Aucune négligence ne sera sans conséquence », a-t-il assuré.

« Protéger les familles »

Erdogan a également promis que l’État prendrait en charge et allait « protéger les familles » des victimes, dont les funérailles étaient déjà célébrées samedi matin dans les villages voisins, conformément à la tradition musulmane.

Le chef de l’État, au pouvoir depuis 2003 et qui sera candidat à sa succession en juin prochain, devait se rendre auparavant au chevet de certains des 28 blessés évacués dans un hôpital d’Istanbul, a indiqué une responsable à l’AFP.

Des proches en larmes, des rescapés secouristes

Depuis la veille au soir, les proches des mineurs accidentés, dévorés d’angoisse et pour beaucoup en larmes, attendaient des nouvelles à l’entrée de la mine, a constaté un photographe de l’AFP.

Une femme en état de choc a dû être évacuée par les secours, d’autres priaient accoudés aux barrières qui enserraient la scène, tandis que les mineurs rescapés se soutenaient et se réconfortaient les uns les autres.

Ils ont eux-mêmes autant que possible participé aux secours : « Nous avons remonté les corps de nos camarades, c’est horrible pour nous », a confié l’un d’eux, interrogé par NTV.

Un précédent très meurtrier

Les accidents de travail sont fréquents en Turquie, où le fort développement économique de la décennie écoulée s’est souvent fait au détriment des règles de sécurité, en particulier dans la construction et l’exploitation minière.

Le pays en avait brutalement pris conscience à l’occasion d’un accident survenu à Soma (ouest) en 2014 : 301 mineurs avaient été tués dans une mine de charbon, après une explosion et un incendie qui avaient provoqué l’effondrement d’un puits.

Crédits : Ouest France – Des secouristes devant l’entrée de la mine, ce samedi 15 octobre 2022. | AFP/YASIN AKGUL, L’explosion est survenue dans une mine d’Amasra, ville côtière de la mer Noire. | INFOGRAPHIE OUEST-FRANCE