Flotte européenne de lutte contre les feux de forêt : “Le problème, c’est la réserve d’avions et de pilotes disponibles dans chacun des pays”

Nicolas Gros-Verheyde, rédacteur en chef du quotidien sur la géopolitique européenne B2 Bruxelles2 et correspondant de Sud-Ouest à Bruxelles, revient sur la création par la Commission européenne d’une flotte de réserve consacrée à la lutte contre les feux de forêt, dès cet été.

Alors que les incendies de forêt commencent déjà à faire rage, en France et en Europe, la Commission européenne a annoncé la mise en place d’une flotte de réserve, comprenant des avions et hélicoptères bombardiers d’eau, positionnés dans différents pays, dont la France. Une flotte qui sera opérationnelle dès cet été, détaille Nicolas Gros-Verheyde, rédacteur en chef du quotidien sur la géopolitique européenne B2 Bruxelles2 et correspondant de Sud-Ouest à Bruxelles :

Comment les forces européennes de lutte contre les incendies mutualisent-elles leurs moyens ?

Il y a effectivement un système qui a été mis au point, qui repose un peu sur une solidarité mutuelle, avec une douzaine d’avions Canadair ou Dash, des bombardiers d’eau qui sont mis en réserve par chacun des pays et à disposition de chacun des pays.

Vous en avez par exemple deux en France, deux en Espagne, deux en Croatie et deux en Italie. Et s’il y a une demande d’un pays, par exemple de l’Espagne, ces avions peuvent être mis à disposition du pays concerné. Et avec un financement européen, ce qui était le problème il y a quelques années. Normalement, cela permet de dédommager le pays qui envoie ses avions vers l’autre pays.

Donc peut-on vraiment parler de flotte européenne étant donné qu’elle est dispersée ?

C’est une flotte européenne mutualisée. Elle est dispersée, mais pour un avion français, ce n’est pas très loin d’aller en Catalogne. Ce n’est pas beaucoup plus loin que pour un avion espagnol. Mais il faut que les Espagnols le demandent, qu’ils en aient besoin. Ensuite, cette solidarité joue quand il y a une impossibilité sur place de faire face au feu. Et ce n’est pas le cas encore en Espagne. Les feux de forêt sont très importants, mais apparemment les forces espagnoles suffisent. Et puis, si en termes de technique, l’extinction d’un feu est la même dans toute l’Europe, en revanche la connaissance du terrain n’est pas automatiquement la même. Donc il vaut mieux qu’il y ait un pilote espagnol qui connaît son terrain plutôt qu’un pilote français qui va le découvrir. C’est pour cela que c’est un extrême recours.

Donc c'est une difficulté de créer une unicité dans cette flotte européenne, c'est ça ?

Parce que les terrains sont différents, mais actuellement, on est dans une position qui est meilleure que celle qui existait dans les années précédentes, où cela reposait totalement sur le volontariat, tandis que là ce sont des flottes qui sont mises normalement en réserve et à disposition des autres pays qui le demandent. Le problème, c’est si en France, en Espagne, en Grèce et en Croatie, il y a des incendies au même moment, chacun se concentre sur son territoire national et sur ses propres forces. Donc il y a des forces en renfort, mais on peut se dire que douze avions en tout, ce n’est peut-être pas assez, s’il y a une multitude de feux de forêt qui se déclenchent. C’est peut-être quelque chose qu’il faudra développer à l’avenir pour avoir plus d’avions. Le problème, c’est la réserve d’avions et de pilotes disponibles dans chacun des pays.

Et aussi peut-être la question de la vétusté parce que ces appareils sont parfois un peu anciens selon les pays ?

C’est toute la question du renouvellement de cette flotte dans tous les pays. Pour avoir une flotte européenne, il faut que chaque pays ait une flotte qui soit modernisée. Et souvent, j’insiste, le personnel, parce que c’est souvent le personnel qui peut manquer autant que les avions. Il y a un personnel efficient, mais il faut qu’il reste sur place. En France, il y a un problème de grogne chez les pilotes qui ne s’estiment pas assez payés, ou pas assez considérés. Donc il faut qu’on arrive à garder des pilotes aussi spécialisés que ça.

Crédit photo : France Info – Photo d’illustration : un avion Canadair CL 415 largue de l’eau, lors d’un incendie dans le Var le 17 août 2021. (NICOLAS TUCAT / AFP)